Inaugurer

Le 5 octobre 2024 avait lieu l’inauguration de La friche du 7, nouveau et troisième site administré par l’association Friche artistique Lamartine. À cette occasion, et pour contribuer à l’événement autour d’autres propositions artistiques, animations, stand de jeux, et de frites, j’ai proposé un atelier de fanzine. Cet atelier s’est improvisé autour d’une question : c’est quoi la/une friche. Cette question faisait office de prétexte pour fabriquer des objets, pour se rencontrer notamment avec les personnes qui découvriraient pour la première fois l’association la friche Lamartine et plus particulièrement ce lieu qui, faute de nom, se voit appeler à l’usage « Friche du 7 » (pour friche du 7e arrondissement). L’atelier fanzine consistait à réaliser un feuillet de quatre pages au moyen de pliages à partir d’une feuille A4 et d’une légère incision (au cutter ou au ciseau). Ce procédé permet de réaliser un premier objet facilement dépliable et repliable afin de pouvoir le dupliquer à l’aide d’une imprimante. C’est tout l’enjeu du fanzine, un objet qui se duplique facilement pour se partager et partager son contenu sur le mode de la propagation. Pour réaliser nos fanzines, nous avions donc à disposition de quoi couper, coller, peindre, écrire, relier, colorier et tous les environnements sociaux et spatiaux de l’inauguration pour tenter, chacun·e à sa manière, de répondre à cette question.

M., première et dernière participante à l’atelier, n’a pas souhaité y participer dans les termes que j’avais envisagés, préférant se saisir d’une autre dimension de ma proposition : « on fait un peu ce qu’on veut et ce qu’on peut avec ce que l’on a ». Cette dernière a donc fabriqué une enveloppe sur laquelle était inscrit « pour vous c’est quoi une friche ». À l’enveloppe étaient associés des petits morceaux de papier avec la même question pour que d’autres y répondent et glissent leurs réponses. À la fin de la journée, à défaut d’avoir obtenu des réponses dans l’enveloppe, j’ai pu y glisser l’ensemble des fanzines qui avaient été réalisés pendant l’atelier. Ces fanzines, à leur façon, rejouaient ces petits papiers fabriqués par M.. Ce faisant, nos ateliers, sans le vouloir, sans s’y attendre se sont conjugués.

Après avoir fabriqué son enveloppe, M. a continué à fabriquer d’autres objets, dont des carnets. L’un de ces carnets me sera offert à la fin de l’atelier. Le carnet est fin, en format A6, de 32 pages, sa couture est peu commune. La couverture vert pâle du carnet est issue d’un papier qui a probablement servi pour un atelier de collage de mon amie et compagnonne de recherche en friche Lola Roubert. Lorsque M. m’a donné le carnet, j’ai été touché. D’abord, parce que j’entretiens avec l’objet carnet fait à la main une relation particulière. Puis, parce que ce jour-là, je comptais justement profiter du déballage du matériel de couture pour me bricoler un carnet de voyage (je m’apprêtais, à la suite de l’inauguration, à partir à Naples). Le cadeau de M. ne pouvait pas mieux tomber ! En partant le soir, j’ai glissé mon cadeau dans le livre dont je m’étais programmé la lecture durant le voyage  : (un) Abécédaire des friches. Ce geste, non prémédité, a dessiné un usage particulier. Il lui a donné une fonction, celle de marque-page. Du fait de son petit format, de sa finesse, il a littéralement fait office de marque-page, avançant de page en page au rythme de la lecture. Il m’a aussi permis, plus classiquement, de prendre des notes efficacement, à reporter ce qui, de cette lecture, s’écrivait. Le carnet est devenu l’espace où sont venus s’écrire ces courts textes ou courtes phrases que l’on développe parfois après avoir annoté un texte dans ses marges. Ce faisant, j’ai découvert un moyen pratique de lire et de prendre des notes sur le vif et dans des situations qui ne se prêtent pas facilement à la prise de note immédiate (je l’ai notamment lu dans les champs d’oliviers, en pleine récolte). C’est en reprenant le fil de mes notes, en les complétant, et en continuant à écrire depuis, que j’écris cette conjugaison.

M., lorsque je t’ai présenté l’atelier et que je t’ai partagé la question : c’est quoi une friche ? tu m’as dit ne pas savoir ce que le mot voulait dire. J’ai donc régulièrement pensé en prenant mes notes et en commençant à écrire ce texte, à comment tu pourrais le recevoir. J’espère que les lignes d’après, issues de ce carnet que tu m’as offert, ne te donneront pas de réponse, mais participeront plutôt à faire en sorte que nous continuions ensemble à nous poser des questions. Merci encore pour ta participation à cet atelier, et pour ce présent que tu m’as fait.